© Henri Pornon

Les lieux sacrés

 

Mircea Eliade (Le sacré et le profane) : « Tout lieu sacré, qui constitue une rupture dans l'espace homogène, résulte de l'enchaînement indissociable d'images cosmologiques et de conceptions religieuses solidaires, qui s'articulent dans un système lié aux sociétés traditionnelles. »

 

On ne sait pas quand l’humanité a commencé à percevoir une dimension sacrée, mais on peut constater aujourd’hui qu’il existe une géographie sacrée, qui associe une dimension géographique à diverses approches spirituelles (nous examinons ce concept de géographie sacrée dans une autre page).  Malgré le travail important de clarification des concepts de sacré et de profane effectué par Mircea Eliade, le concept de « lieu sacré » reste difficile à définir. Certains sites naturels ou constructions humaines sur le territoire sont considérés par des groupes humains comme des lieux sacrés : ils accueillent une fonction de culte et/ou sont le lieu de manifestation d’une divinité ou d’un événement (lieu où le Bouddha reçut l’illumination par exemple). Les lieux de culte appropriés par une religion, utilisés pour des pratiques rituelles récurrentes (messes, célébrations, prières, offrandes, sacrifices, sacrements) sont donc bien entendus des sites sacrés, mais ne sont pas les seuls lieux pris en considération dans cette étude. Mircea Eliade signale que tout lieu peut devenir un lieu sacré à partir du moment où un rituel permet de le sacraliser, de façon temporaire ou définitive. En cohérence avec cette approche du sacré, on trouvera donc dans mes inventaires :

  • Des sites sacrés naturels : collines, arbres (ils jouaient un rôle important dans le culte des Dieux gaulois), montagnes (il existe par exemple en Chine plusieurs montagnes sacrées au somment desquelles ont été construits des temples taoïstes), lacs (comme le lac d’El Dorado à Guatavita en Colombie), forêts (qui sont souvent des lieux d’initiation en Afrique)… Certains de ces sites ont été aménagés par l’homme pour accueillir des pratiques rituelles, d’autres non.
  • Des monuments construits par l’homme : églises, temples, mosquées et autres lieux de cultes, mais aussi mausolées, oratoires, croix, etc

 

Les lieux considérés sont donc des lieux auxquels les hommes ont conféré un statut permanent (au moins pendant une période de l’humanité) de lieu sacré. Certains sont toujours des lieux de culte (églises, mosquées, temples des religions actuelles…), d’autres l’ont été pour une civilisation, mais peuvent avoir perdu ce statut (ruines actuelles des temples romains ou grecs), d’autres ont pu être recyclés plusieurs fois : lieu de culte celte, puis temple romain, puis église orthodoxe puis mosquée par exemple.

 

Dans la société sécularisée actuelle, on ne considère souvent ces lieux que comme des sites d’intérêt patrimonial ou comme des attractions touristiques : mon propos est de m'intéresser à eux dans leur rôle de lieux sacrés.

 

Les fonctions des lieux sacrés

 

Les lieux sacrés peuvent assumer 3 grandes fonctions, qui ne sont pas exclusives les unes des autres.

  • Certains perpétuent le souvenir d’un événement de nature sacrée : ainsi, après sa lutte avec l’Ange, Jacob pose une pierre et la consacre en souvenir de l’événement (Bethel).
  • D’autre ont pour objet de permettre à la divinité de descendre sur terre et de disposer d’une maison terrestre. Ainsi des temples orientaux dont la fonction n’est pas de rassembler des fidèles, mais d’offrir un lieu d’accueil à la divinité.
  • Enfin, il peut s’agir de lieux dans lequel les fidèles se rassemblent pour invoquer la divinité. C’est en particulier le cas des églises, temples, mosquées et synagogues des 3 religions du Livre. 

 

Les modalités de consécration de ces lieux varient bien entendu en fonction des religions et cultes pratiqués