© Henri Pornon

Géographie sacrée, astronomie et astrologie

 

Il convient tout d’abord de rappeler que la distinction entre astronomie et astrologie est récente et que l’astronomie a été de tous temps associée à la cosmologie (étude de l’origine et de l’évolution du monde), et à la prévision du futur, au-delà des mesures permettant d’identifier les changements de cycles (saisons). Comme le dit Yaël Nazé ("L'astronomie des anciens"), « on retrouve l'astronomie dans toutes les civilisations du monde, mais les motivations varient et les sciences du ciel ne se sont pas développées partout de la même façon. Certains observent, vénèrent, interprètent, mais expliquent peu ; d'autres tentent de prédire les observations par des modèles mathématiques plus ou moins complexes, parfois pour prévoir l'avenir, parfois pour régir un empire ou établir un calendrier des récoltes. »

 

La diversité des compétences astronomiques développées par les diverses civilisations de l’antiquité (civilisation mégalithique, Mésopotamie, Grèce, Egypte ancienne, etc) a conduit à l’émergence au XXème siècle d’une nouvelle discipline, l’archéo-astronomie (on parle également de paléo-astronomie), dont l’objet est double : d’une part, retrouver dans les textes anciens, des mentions d’événements astronomiques susceptibles d’enrichir la connaissance historique des phénomènes stellaires, d’autre part, contribuer à la compréhension des sites anciens dont l’objet était de manifester ou mesurer des phénomènes astronomiques (cercles de pierres mégalithiques notamment). Outre l’ouvrage déjà cité de Yaël Nazé, on peut évoquer ici ceux de Geoffrey Cornelius et Paul Devereux ("Le langage secret des étoiles et des planètes : la clé des mystères de l'astronomie") et de Ken Taylor ("Géométrie céleste : comprendre la signification astronomique de sites anciens"). Ces divers ouvrages mettent en évidence des sites terrestres orientés de façon à accueillir les rayons du soleil ou de la lune (voir de Sirius / Sotis pour l’Egypte ancienne) à des dates particulières (solstices, équinoxes, lever ou coucher héliaque). Nous renvoyons ceux qui souhaiteraient approfondir la question à ces 3 ouvrages.

 

Il convient également de rappeler qu’un des paramètres de la géographie sacrée est l’orientation astronomique des lieux sacrés : il est bien connu que les églises romanes et gothiques étaient orientées, c’est-à-dire tournées vers l’est, de façon à ce que le soleil levant illumine le chœur de l’église par analogie avec la résurrection du Christ illuminant le monde. Les mosquées et salles de prière de l’Islam doivent permettre au croyant musulman d’effectuer ses prières en étant tourné vers la Mecque. Les temples anciens confucéens et taoïstes de Chine étaient orientés nord / sud, et non est / ouest comme la plupart des temples des autres traditions religieuses. Comme le signale Jacques Bonvin ("Symbolique et roman brionnais"), « Tous les temples et sanctuaires du monde entier, quel que soit le culte qui y est rendu, ont toujours été implantés par rapport à des données solaires et lunaires très précises ». La généralisation est peut-être excessive, car il n’est pas certain que les églises et temples chrétiens construits après la Renaissance respectent tous ces règles astronomiques, et dans certains cas, la topographie des lieux ne l’a pas permis mais le principe est affirmé et vaut en Europe au moins jusqu'à la fin du Moyen-Âge.

 

Concernant les églises romanes et gothiques, certains auteurs évoquent également l’orientation de certaines en léger décalage par rapport à l’axe est-ouest, de façon à ce que les rayons du soleil soient dans l’axe de l’église le jour de la fête du saint qui en est le dédicataire. Cette affirmation est difficile à vérifier et ne semble pas généralisable, mais pourrait être vérifiée dans quelques églises. C’est en tout cas le point de vue de Jacques Bonvin : « C'est pourquoi beaucoup de lieux ont été édifiés en tenant compte de la dédicace de leur saint patron et orientés en fonction de son natalice » (Le jour de la mort du saint, autrement dit, de sa naissance au ciel, et donc le jour de sa fête).

 

Au-delà de cette règle générale d’orientation des lieux sacrés, la construction cherche parfois à matérialiser un phénomène plus particulier. Le chemin de lumière de la basilique de Vézelay en est un exemple (cette église est légèrement décalée par rapport à l’axe est / ouest, et ses ouvertures sont placées de façon à mettre en évidence un chemin de lumière, formé par des rayons lumineux traversant les ouvertures, à l’axe de l’église à midi (heure astronomique) et à l’époque du solstice d’été, et sur les chapiteaux de la colonne du nord à l’époque du solstice d’hiver. D’autres exemples de rayons lumineux peuvent être rencontrés sur d’autres sites : Chartres ou Saint-Antoine l’Abbaye en particulier.

 

Enfin, il convient d'évoquer ici les investigations réalisées par l’universitaire et écrivain Jean Richer, présentées dans ses deux ouvrages « Géographie sacrée du monde romain » (1985) et « Géographie sacrée du monde grec » (1994) dont une présentation détaillée est proposée dans la rubrique "Constellations".